Summary

Updated 07/07/20

L'ensemble de ses caractéristiques géologiques, environnementales et sociétales font de  la Nouvelle-Calédonie une terre particulièrement innovante et rayonnante en matière de recherche pour le développement.

NC terre de sciencees

© IRD

Nouvelle-Calédonie, terre de science

Un "Caillou" d'une richesse biologique et minérale exceptionnelle, dans un contexte tectonique régional actif, doté de questions sociétales aiguës relatives à ses patrimoines naturels et culturels : à plus d'un titre, les recherches développées en Nouvelle-Calédonie doivent offrir des clefs pour répondre aux défis environnementaux planétaires et aux enjeux sociétaux mondiaux.

La Nouvelle-Calédonie est située dans le Pacifique Sud-Ouest à 1500 km à l'Est de l'Australie. L'archipel est constitué d'une île principale, la Grande Terre, orientée NW-SE et de plusieurs ensembles d'îles plus petites :

  • au nord : les îles Belep et les îles des récifs d’Entrecasteaux
  • à l'est : les îles Loyauté (Ouvéa, Lifou, Tiga et Maré) et Walpole
  • à l'ouest : les îles Chesterfield,
  • au sud : l'île des Pins
  • et à l’extrême sud-est : les îles Matthew et Hunter à l'extrême sud du Vanuatu.

Territoire de l’Outremer français, la Nouvelle-Calédonie est une collectivité sui generis engagée dans un processus de décolonisation négociée depuis les années 1980, formalisée entre autres par les Accords de Matignon en 1988 puis de Nouméa en 1998. Le processus d’un second référendum d’autodétermination est en cours.

Le territoire compte 271.407 habitants en 2019 répartis dans trois provinces : la province Sud qui rassemble les ¾ de la population, la province Nord et la province des Iles Loyauté. Sa population est diversifiée en termes d’appartenance communautaire [1] et métissée (un habitant sur dix se déclare appartenir à plusieurs communautés ou être métis).

Petite enclave francophone dans une région Pacifique anglophone, la Nouvelle-Calédonie couvre une superficie de 19 000 km², ce qui la positionne à la troisième place des îles du Pacifique Sud, derrière la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande. L’espace maritime est immense, la surface de la zone économique exclusive étant évaluée à 1 450 000 km². Ceinturant la Nouvelle-Calédonie, un récif-barrière, dont l’éloignement par rapport à la côte varie de quelques kilomètres à 65 km environ, délimite un grand lagon dont la profondeur atteint localement  60 m.

Annoncée en septembre 2012 par le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, lors du Forum des îles du Pacifique (qui réunit tous les Etats et territoires insulaires de la région), le Parc naturel de la Mer de Corail couvre l’intégralité de son espace maritime et a été créé en avril 2014.

 

Une biodiversité exceptionnelle

La Nouvelle-Calédonie est reconnue comme l’un des principaux points chauds de la biodiversité terrestre, en raison de l’originalité de sa flore mais aussi de la perte importante de couverture végétale et des menaces importantes qui pèsent sur sa biodiversité. La Nouvelle-Calédonie est l’une des rares petites îles du Pacifique dont l’origine n’est pas volcanique. Son île principale, la Grande Terre est en partie constituée d’un fragment continental détaché du Gondwana il y a ~85 Ma. Subissant une immersion probablement complète, ce fragment aurait été entrainé en subduction et aurait émergé il y a ~35 Ma, avec sur son dos un panneau de roche mantellique (péridotites). L’abondance exceptionnelle des sols ultramafiques, issus de l’altération de péridotites, marque les paysages néocalédoniens. Sa faune et sa flore terrestres ont donc évolué en état d’isolement et, en fonction de ses sols particuliers, en formant un patrimoine naturel unique, riche et original qui attire chercheurs et touristes.

La flore terrestre de Nouvelle-Calédonie compte ~ 3400 espèces vasculaires autochtones, dont 75 % sont endémiques (c'est-à-dire des espèces qui ne se trouvent nulle part ailleurs).

La faune terrestre calédonienne se compose d’environ 4300 espèces connues. Parmi les oiseaux, on retiendra le cagou, emblème du territoire, les perruches, le pigeon vert ou le nautou. D’autres espèces sont également intéressantes : serpents marins, lézards, geckos, roussettes (chauve-souris de grande taille), tricots rayés — autre emblème calédonien, c’est le seul serpent marin à passer une partie de son cycle sur terre etc.

A proximité de l’archipel indo-malais considéré par les biogéographes comme le centre de dissémination des espèces de la province Indo-Pacifique, la Nouvelle-Calédonie possède une riche faune marine qui regroupe plus de 400 espèces de coraux répertoriées, 2500 espèces de poissons et environ 6500 espèces de mollusques marins. Avec près de 1600 espèces de poissons récifaux, le territoire figure parmi les régions les plus riches au monde alors que la Polynésie française, qui n’en compte que 650, fait partie des plus pauvres. A titre de comparaison, l’ensemble des fonds rocheux de toute l’Europe ne totalise que 600 espèces. Enfin parmi les trois familles de serpents marins existant au monde, seule celle des Elapidae est présente en Nouvelle-Calédonie (14 espèces locales).

 

Un contexte géologique remarquable

La Nouvelle-Calédonie est située dans le Pacifique Sud-Ouest, une région marquée par une très forte activité sismique et volcanique. En effet, les deux grandes plaques tectoniques Pacifique et Australie s’affrontent le long d’une frontière convergente (subduction) de près de 6000 km allant de la Papouasie Nouvelle-Guinée à la Nouvelle-Zélande. ¼  de la sismicité mondiale s’y produit. De plus, le sens de subduction s’inverse au niveau des îles Fidji le long de la frontière entre ces deux plaques, séparant la zone de subduction de PNG, des Iles Salomon et du Vanuatu au nord-ouest de celle des Tonga-Kermadec et de Nouvelle-Zélande au sud-est. Cela provoque une complexité tectonique avec des ouvertures arrière-arc multiples et engendre des vitesses très rapides de divergence et de convergence entre les plaques et microplaques,  jusqu’à 24 cm (la plus élevée au monde) au Nord Tonga.

La Nouvelle-Calédonie, pour partie située à proximité immédiate de la partie sud de la zone de subduction de Vanuatu, est donc soumise à un aléa sismique non négligeable. Portées par la plaque Australie, la ride de la Grande Terre et celle des îles Loyauté se rapprochent et plongent sous l’arc du Vanuatu à une vitesse de 12 cm/an, provoquant bombement de la plaque et mouvements verticaux des îles.

 

Une population multiculturelle

La population calédonienne est diversifiée en termes d’appartenance communautaire [1] et métissée. Elle est constituée aujourd’hui de Kanak (près de 40 % de la population), d’Européens présents depuis plusieurs générations ou récemment arrivés (près de 30%), d’Océaniens (Polynésiens, Wallisiens, Futuniens, Ni-Vanuatu etc.) et d’Asiatiques (principalement Vietnamiens, Japonais et Indonésiens).

Ce contexte multiculturel soulève de nombreux enjeux socio-politiques, économiques, environnementaux et culturels. Les accords politiques de Matignon-Oudinot (1988) et de Nouméa (1998) ont ouvert un chemin conduisant vers une communauté de destin respectueuse des différences entre communautés. Ce chemin se construit et se négocie par étapes pendant lesquelles sont discutées les formes de citoyenneté, de souveraineté, de développement et d’aménagement. Les principaux enjeux, outre ceux liés à l’autodétermination, portent sur les questions de réduction des inégalités, de développement économique et social, de gouvernance et de valorisation des territoires et des ressources, de reconnaissance des légitimités, des savoirs et des valeurs portées par les différentes communautés.

En Nouvelle-Calédonie, différentes manières de voir le monde et les natures coexistent ; les systèmes marchands et non-marchands s’articulent singulièrement ; les questions foncières impliquent des enjeux coutumiers, privés et publics. Intégrer ces spécificités est un défi pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie dans un contexte où les enjeux climatiques et environnementaux sont prégnants et où les transformations sociales s’accélèrent. Les recherches interdisciplinaires en sciences sociales en lien avec les sciences de la nature ont leur rôle à jouer pour nourrir des politiques publiques qui tiennent compte de toutes ces dimensions et permettent le maintien d’un patrimoine culturel et naturel riche.

 

Le Pacifique, région sentinelle du changement global

Enfin, de par sa situation   géographique, la région du Pacifique sera fortement impactée par le changement climatique : montée des eaux, érosion, acidification des océans, blanchissement corallien, déplacement et intensification des cyclones, modification de la pluviométrie, etc. Ce qui génère de fortes problématiques comme  les déplacements de réfugiés climatiques, la sécurité alimentaire, les maladies émergentes…

  • BIODIVERSITE. On estime que 10 à 20 % seulement de la biodiversité marine est connue. Le Pacifique est le plus exposé aux cas d'extinction, avec par exemple, chez les oiseaux endémiques des îles du Pacifique, environ 1000 cas d'extinctions.
  • OCEAN-CLIMAT-RISQUES ENVIRONNEMENTAUX. 1 épisode El Niño tous les 3-4 ans ces 50 dernières années, dont 2 forts. 8 cyclones / an en moyenne. 25% de la sismicité mondiale. Jusqu'à 10 mm/an de montée du niveau marin.
  • SOCIETES. Une pluralité culturelle exceptionnelle, avec 1300 langues soit 20% des langues de la planète pour 0,5% de la population mondiale. Des populations océaniennes en première ligne face aux changements globaux.

Avec ses 22 Etats et territoires et leurs zones économiques exclusives très étendues, le Pacifique océanien est une région d’avenir. La conjonction de facteurs biologiques, physiques et sociétaux s’exerçant sur ces Etats et territoires vulnérables, révèle plus rapidement qu’ailleurs l’impact des changements globaux, d’où l’importance accordée à la recherche scientifique, comme un des leviers du développement durable. Par ses missions, l’IRD contribue dans la région à la diplomatie scientifique océanienne et à l’insertion de la région Pacifique dans l’arène des collaborations internationales françaises et européennes.

 

[1] L’ISEE (Institut de la statistique et des études économiques – Nouvelle-Calédonie) définit la communauté d’appartenance comme un groupe d’individus présentant des caractères de civilisation concordants (langue, culture, structures sociales). La règle du recensement en Nouvelle-Calédonie demeure que chaque individu (en âge de pouvoir le faire) se détermine lui-même quant au choix de sa propre appartenance à une communauté.

Insularité et changements globaux

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Les thématiques de recherche

La mixité institutionnelle de la représentation IRD en Nouvelle-Calédonie favorise une dynamique interdisciplinaire, véritable moteur de recherche au service de la science et des politiques publiques. Avec ses partenaires, l’IRD cible son activité sous le chapeau « Insularité et changements globaux ».

ENVIRONNEMENT ET RESSOURCES

  • Connaître, protéger et valoriser l’exceptionnelle biodiversité terrestre et marine
    • connaissance et analyse de la diversité biologique, du gène aux communautés
    • réponses des écosystèmes aux forçages : changement climatique, fragmentation des habitats, espèces invasives, exploitation des ressources, etc.
  • Analyser le rôle de l’océan Pacifique tropical dans le changement climatique
    • dynamique océanique et interactions océan/atmosphère
    • occurrences des oscillations du phénomène El Niño / La Niña
    • étude des impacts du changement climatique
  • Analyser les aléas et évaluer les risques
    • telluriques : volcanisme, séismes et tsunamis
    • climatiques : montée des eaux, inondations, cyclones, etc.
  • Etudier les ressources minérales et l’impact de l’activité minière

SOCIÉTÉS, TERRITOIRES ET ENVIRONNEMENT

  • Etudier les dynamiques socio-environnementales dues aux changements globaux
  • Comprendre les usages de la nature : politique et gouvernance des ressources
  • Explorer le droit, les politiques d’adaptation et de résilience des sociétés insulaires

ENVIRONNEMENT ET SANTÉ

  • Modéliser les dynamiques des maladies à transmission vectorielle (dengue, chikungunya, zika, leptospirose)
  • Analyser les chaînes alimentaires pélagiques (étude des thons et recherche sur le mercure)
  • Etudier la pharmacochimie et la biologie pour le développement
UMR de NC

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UMR de NC

Les unités de recherche

Département DISCO (Dynamiques Internes et Surface des Continents)

  • UMR 050 HSM | Impacts climatiques et anthropiques sur les ressources en eau
  • UMR 082 GÉOAZUR | Dynamique de la lithosphère
  • UMR 161 CEREGE | Dynamique et fonctionnement de la géosphère continentale et de l’océan
  • UMR 206 IMPMC | Structure et comportement de la matière,  liens avec les microorganismes

Département ECOBIO (Ecologie, Biodiversité Fonctionnement des Ecosystèmes Continentaux) 

  • UMR 123 AMAP | Ecologie et diversité des plantes et des communautés végétales, gestion de l’herbier NOU
  • UMR 237 IMBE | Ecologie et Conservation de la Biodiversité Insulaire (espèces animales)

Département OCEANS (Océans, climat et ressources)

  • UMR 065 LEGOS | Changement et variabilité climatique, turbulence géophysique
  • UMR 182 LOCEAN | Climat et dynamique océanique :  impacts sur les écosystèmes et les ressources
  • UMR 235 MIO | Circulation océanique, cycles biogéochimiques et changement global
  • UMR 250 ENTROPIE | Ecosystèmes marins et insulaires de l’Indo-Pacifique tropical
  • US 191 IMAGO | Moyens analytiques, d’observations en géophysique et en océanographie

Département  SOC (Sociétés et Mondialisation)

  • UMR 220 GRED | Relations des sociétés à l’environnement, gouvernance environnementale
  • UMR 228 ESPACE-DEV | Dynamiques des relations entre écosystèmes et sociétés

Département  SAS (Santé et sociétés)

  • UMR 152 PHARMADEV | Pharmacochimie et biologie pour le développement